Quel est le petit garçon d'environ dix ans dans les années 70 qui n'a pas le souvenir de Rahan ?
A priori, aucun tant il est vrai que si de nombreux héros ont marqué notre jeunesse, "le fils de Craô" fait partie de ceux qui ont laissé l'empreinte la plus forte.
"Rahan, fils des ages farouches". Une période, la préhistoire rarement mise en valeur dans la B.D. et ce encore de nos jours. Une gageure quand les années 70 étaient plus propice aux histoires contemporaines, aux aventures mettant en scène la dernière guerre ou simplement ,sous des atours pseudo-historiques ,se livraient joyeusement à une critique ironique de la société d'alors. Ce furent la dans ce post 68 des années de foisonnement, de bouillonnement créatif et prolifique qui ont amené la Bande Dessinée du stade "d'amusement pour paresseux" à celui d'art graphique.
Rahan est né sous la plume et le trait de Roger Lecureux et d'André Cheret en 1969. Dans "Pif Gadget" journal qui à révolutionné les publications pour le jeunesse en de nombreux points (1).
C'est ainsi que le fils adoptif de Craô le sage, devient orphelin une seconde fois lorsque sa tribu est décimée par l'éruption d'un volcan. Recueillant les dernières paroles de son père ainsi que le fameux collier à cinq griffes (chacune symbolisant, loyauté, générosité, ténacité,courage et sagesse). Rahan va alors parcourir le monde préhistorique et porter à travers ces lieux hostiles les valeurs de ce fameux collier, que beaucoup de jeunes lecteurs ont également porté avec ses griffes en plastique mal ébarbé pendues à un lacet noir...Il ne fera qu'une entorse à ses principes en dérobant dans sa première histoire son fameux coutelas en ivoire, objet de tant de convoitises et qui lui sauvera la vie bien des fois.
Tout sera fait pour le différencier de l'autre homme sauvage : Tarzan. L'américain est brun, avec une coupe classique et centré sur son monde dont il ne veut pas sortir. Rahan sera l'exact opposé. Ouvert, rencontrant d'autres civilisations partageant avec elles, et avec un coté "on the road again" qui le pousse à ne pas se fixer. Bref, un homme libre, juste et tolérant. Point commun toutefois. Ils sont imberbes tous les deux et aucun poils disgracieux ne vient orner leur torse viril. En même temps, trouver un Gillette 5 lames dans la jungle n'est pas chose évidente...
Malgré toute cette orientation sous jacente, Rahan, quarante ans plus tard reste d'une incroyable modernité. Parce que ses thèmes restent universels et aussi parce que l'avantage de ne figurer qu'approximativement la période et les lieux l'empêchent de vieillir ou à tout le moins d'être "daté". Malgré ses traits relativement grossiers pour mieux figurer les hommes préhistoriques, il garde une prestance virile due à sa musculature ses longs cheveux blonds et ses yeux bleus (qu'on découvrira plus tard, les premières planches étant en noir et blanc). Un physique de surfer en pagne, dont le dessin nerveux de Cheret accentue encore le coté sauvage malgré quelques poses un peu théâtrales. Lecureux lui limite les didascalies donnant ainsi du tonus au récit et faisant place à l'imaginaire du lecteur déjà transporté par ce langage à la troisième personne et ce royaume des "ombres omniprésent" dans la série.
C'est la marque des grands de pouvoir être relus plusieurs années plus tard avec le même plaisir. C'est la marque du fils de Craô.
PS : Comme d'habitude, il était question ici de resituer un héros au travers d'un album dans le contexte de sa création en 1974. Qu'ensuite, Rahan ait vécu d'autres aventures, des dessins animés, voire que ses auteurs aient du défendre leur droits en justice, jusqu'aux reprises et aux rééditions est une autre histoire...La date de parution est celle de l'album, les planches sont parues dans Pif entre 1971 et 1973.
(1) les origines de Pif remontent à "Vaillant" publication jeunesse du PC née en 1945 à la suite de "Jeune patriote" paru en 1942. Cabrero Arnal y crée Pif le Chien et donne un ton polémique sur fond de crise et de rationnement à sa série. Il y rajoutera une famille (qui disparaitra plus tard) et un chat Hercule à la fois ami/ennemi de Pif. Dans les années 50 les réferences au PC disparaitront progressivement de la couverture. Le succès aidant "Vaillant" deviendra "Le journal de Pif le chien" puis "Pif et son gadget surprise" avant de devenir "Pif Gadget - Tout en récits complets" en 1969. Progrès marquant face à ses concurrents (Tintin, Spirou, Mickey puis Marvel et Strange) qui ne proposent que des histoires à suivre
Une révolution est en marche. Aujourd'hui, on retient surtout les Pifises et les pois sauteurs du mexique ainsi que des gadgets éducatifs (l'imprimerie de poche, le stylo microscope, la machine à faire oeufs carrés etc...Mais Pif sera aussi un laboratoire ou à coté des auteurs "maison" Arnal, Kamb, Cézard, Mas et Lecureux qui fût rédac-chef de Vaillant jusqu'en 63 sont apparus des auteurs quasi inconnus à l'époque comme Greg, Gotlib, Mandryka, Mic Delinx ou Hugo Pratt. Toute une époque disais-je...
Il y avait aussi des petites filles, qui ont eu 10 ans à la fin des années 70 qui étaient dingues de Rahan ;))
RépondreSupprimerChouette retour en arrière !
Ca je n'en doute pas. Malheureusement aujourd'hui les grands blonds en pagne ressemblent plutôt à Brice de Nice..O tempora, o mores :-))
RépondreSupprimerSa crinière blonde le différenciait.
RépondreSupprimerDans une certaine mesure, son côté héros esseulé qui ne cessait de vadrouiller dans les univers fermés et hostiles de certaines tribus pour communiquer, et la tolérance et le progrès technique, me rappelle Lucky Luke dans sa quête solitaire vers la Justice et un certain ordre des choses.
Un idéaliste invincible en quelque sorte. Un saint laïc indubitablement. Une doctrine comme le concevait à l'époque le PC : Le progrès censé produire un monde meilleur.
Je ne me rappelle plus s'il avait une vie sentimentale...
Tu ne crois pas si bien dire en parlant de laïc, puisque Rahan ne croit pas aux "esprits" qui figurent les premiers panthéons.
RépondreSupprimerC'était effectivement une conception idéaliste que l'on présentait à la jeunesse.